Parlons de Lampedusa

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« Pourquoi sont-ils montés si nombreux sur ce trop petit et trop vieux bateau » me demandait ma fille alors que la radio annonçait le décompte des morts au large de Lampedusa ? « C’est parce qu’ils sont trop pauvres pour prendre l’avion ? » Oui ils sont pauvres très pauvres. Mais ils ont payé très cher ce voyage en bateau pourtant. Toute leur famille les a aidés ou alors ils ont emprunté l’argent nécessaire pour payer les passeurs pensant les rembourser une fois installé avec un travail. Non, s’ils sont partis sur ce vieux rafiot, comme d’autres avant eux, c’est parce que nous leur interdisons de venir par des chemins légaux. C’est parce que les lois que votent, en notre nom, nos représentants, depuis plus de 20 ans, ont fermé les frontières à ceux que la misère et la guerre poussent inexorablement loin de chez eux. En même temps qu’on organisait la libre circulation et la libre installation des ressortissants européens (exception faite des roumains et des bulgares, les pauvres), nous avons construit les barrières les plus hautes pour limiter la circulation de ceux qui viennent d’au-delà de la méditerranée ou du Bosphore. Ce n’est pas la même humanité sans doute. Il semble pourtant que ce n’est pas ce qu’ont pensé les habitants de Lampedusa quand ils ont vu ces dizaines de corps, ces chaussures, ces sacs, ces jouets qui flottaient et qu’il a fallu ramener sur la plage. Ils ont beaucoup pleuré.

3490719_3_204e_quatre-cercueils-d-enfants-ont-ete-alignes-dans_3394b489bba02208300f15684ce67195Quelle vanité de croire que l’on pourra les raisonner, leur dire qu’ici tout n’est pas rose, qu’ici aussi il y a des gens pauvres et quelle hypocrisie surtout, quand on voit l’état du commerce mondial, le niveau de l’aide au développement, et le montant de nos exportations d’armement. Il faut donc certainement prendre le problème à l’envers, partir du principe que ceux qui partent, souvent, préféreraient rester ; que s’ils viennent c’est pour vivre comme nous, pour travailler et pas pour profiter ni abuser. Tous ceux qui ont réfléchi à ces questions savent que permettre les allers retours par une politique souple de visa, c’est lutter contre la clandestinité (et tout ce qui va avec) plus efficacement que toutes les répressions policières. Celui qui sait qu’il pourra revenir en Europe s’il le souhaite, est prêt à retourner dans son pays de départ au bout de quelques années. C’est le seul moyen d’ailleurs pour que ces pays retrouvent leurs forces vives. Tous ceux qui ont réfléchi à ces questions savent que le coût économique de l’actuelle politique migratoire est non seulement disproportionné au regard de son efficacité, mais également très lourd au regard de la richesse qu’apportent avec eux les migrants.

On se demande vraiment pourquoi les citoyens, de pays démocratiques, imprégnés des valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité laissent les gouvernements appliquer ces politiques coûteuses et inutiles, injustes et meurtrières.

 Sophie Burlier

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