Rythmes scolaires: interview de Claire Leconte, Chronobiologiste.

3 commentaires Le par

Interview de Claire Leconte, chronobiologiste, professeur des universités en psychologie de l’éducation à Lille 3, responsable de l’équipe de recherche « Temps et cognition » et adhérente du PS.

 

 

1) LES RYTHMES :

Perspectives socialistes : L’Ecole telle qu’elle fonctionne aujourd’hui respecte t-elle les rythmes biologiques des enfants ?

Claire Leconte :  Elle ne respecte ni ses rythmes biologiques ni ses rythmes d’apprentissage. La semaine de 4 jours génère des ruptures constantes au cours de la semaine, ce qui ne peut aider à respecter la régularité du rythme veille-sommeil, régularité beaucoup plus importante chez l’enfant de cet âge que la durée irrégulière et répétée du temps de sommeil provoquée par les « grasses matinées », peu profitables qualitativement parlant.
De plus cette semaine de 4 jours ne contient que 4 matinées alors que ce sont les moments les plus favorables aux apprentissages car moments de plus grande disponibilité cognitive. On constate beaucoup de perte de temps dû au fait qu’une part non négligeable des apprentissages doit se faire sur des après midi beaucoup moins propices à cela. On crée ainsi une massification des apprentissages alors que les psychologues ont depuis longtemps démontré que ceux-ci sont favorisés quand ils sont bien distribués au cours du temps.

P S : Pourquoi réfutes-tu le terme de « rythmes scolaires » ?

C L : Ce terme, franco-français, est une évolution du langage totalement liée à l’évolution des connaissances scientifiques apparu dans les années 70. L’idée qu’il porte est que les emplois du temps scolaire doivent respecter le mieux possible les besoins à présent connus du point de vue des rythmes biologiques des enfants, en particulier en ce qui concerne le rythme veille-sommeil . Ce rythme circadien important révèle le fait qu’il existe une interaction permanente entre la veille et le sommeil, qui a quant à lui un rythme propre, génétiquement programmé, mais qui est aussi très dépendant de la « pression de sommeil », ce qu’on appelle traditionnellement la « bonne fatigue ». Celle ci est totalement dépendante de l’ensemble des activités réalisées au cours de sa journée par l’enfant, soit autant ce qui se passe en classe qu’en dehors de la classe.
Or à l’heure actuelle, le temps strictement scolaire, soit 864 h annuelles, ne représente plus que moins de 10% du temps de vie total de l’enfant. Pourquoi dès lors ne s’intéresser qu’à ces 10% sans tenir compte des 90% « restants », dont en moyenne 42 à 43% de temps de sommeil ?
On voit bien que c’est un non-sens de vouloir ne se préoccuper que des rythmes scolaires, alors même que ce sont tous les temps de l’enfant qu’il est nécessaire de réaménager, parmi lesquels, de fait, nous avons les temps scolaires. De plus s’intéresser à l’aménagement des temps nécessite une réflexion que ne permet absolument pas celle sur les rythmes scolaires, qui dès lors ne se préoccupe plus que d’horaires au lieu de se focaliser sur les contenus des temps et les méthodes et pratiques pédagogiques utilisées lors de ces temps.
Enfin d’un point de vue scientifique, sachant qu’on dit d’un événement qu’il est rythmé s’il se reproduit à l’identique en fonction d’une certaine périodicité, on est en droit de se demander ce qui, dans le scolaire, se reproduit à l’identique ! Et en fonction d’une certaine périodicité.

2) LE SAMEDI :

P S : Le mercredi matin semble avoir été choisi comme la nouvelle demi-journée supplémentaire. Que dire aux détracteurs du samedi matin (parents, enseignants, inspecteurs) pour les convaincre du bien-fondé de ce choix éventuel ?

C L : La question fondamentale que je me pose est « quel est le lobby qui a fait pression pour obtenir que ce soit le mercredi qui soit obligatoire et le samedi dérogatoire » ? J’aimerais avoir une réponse à la question que je me pose depuis quelques temps puisque jusqu’en 2008, l’école française était majoritairement ouverte le samedi matin.
Le samedi chômé est avant tout lié à une croyance religieuse, (7è jour de la semaine, jour de repos de l’Éternel selon la Bible). Il faut attendre un concile en 364 pour que le dimanche devienne le jour de repos des chrétiens (jour de prière déjà retenu par certains chrétiens depuis la résurrection de Jésus, un dimanche). Face à l’accélération des échanges commerciaux, l’église impose au 15è siècle à ceux qui pratiquent le commerce de l’argent une journée pour se purifier avant « le jour du Seigneur » ! Notons encore que dans le droit du travail, le samedi n’a aucun statut particulier puisqu’il fait partie des 6 jours calculés pour une semaine de congés.
Ce petit rappel historique pour confirmer que d’un point de vue strictement laïque, le samedi n’a aucun statut spécifique. On en finit d’ailleurs par oublier tous les travailleurs du samedi (santé, transports, commerces, hôtellerie-restauration, médias de toutes sortes, sécurité, etc..).
Le samedi correspond à une fin de semaine, on peut organiser pédagogiquement ce temps par rapport à ce qu’a été la semaine qui a précédé, tous les enseignants s’accordent à reconnaître que le climat d’école à ce moment là est particulièrement serein. C’est un jour de plus grande disponibilité des adultes, qu’ils soient enseignants ou parents, ce qui permet des rencontres que ne permettent pas les autres jours de la semaine.
Par rapport aux parents séparés, il faut rappeler à quel point pour l’enfant, la présence à l’école des deux parents, au cours de la semaine, est particulièrement importante. La personne qui n’a pas l’enfant au long de la semaine doit pouvoir rencontrer à la fois les enseignants et les autres parents, ce qui n’est possible que le samedi matin.
L’absentéisme est parfois mis en avant pour combattre l’école du samedi, constatons simplement que là où l’école a su s’ouvrir aux familles, cet absentéisme n’existe pas, de plus un projet éducatif intégrant les parents comme partenaires éducatifs ne peut que les convaincre de ce que le samedi est une demi-journée de classe comme toute autre dans la semaine, elle fait partie des 24h obligatoires.

P S : En quoi la coupure de 2 jours le week-end ne rend-elle pas service aux enfants ?

C L : Toutes les recherches en chronobiologie ont montré que cette longue coupure génère une désynchronisation interne, liée à un retard massif du coucher dès le vendredi soir, chez tous les enfants, y compris aujourd’hui en maternelle. De plus on constate que pour une majorité d’enfants, cette longue coupure n’est pas à même de leur apporter l’ouverture culturelle (au sens large) qu’on est en droit d’attendre pour tout enfant, y compris à cause des coûts que cette ouverture impose pour certaines familles. Les enfants ont donc souvent pendant ce week-end des temps contraints, des temps passifs, plus fatigants qu’on ne le pense souvent, d’autant que les retards de coucher sont souvent accompagnés par des retards de lever qui en fait génèrent un mal-être qui se fait ressentir encore le lundi.
Les comparaisons faites entre école le mercredi et école le samedi ont systématiquement montré que le bien-être global de tous les enfants va au profit du samedi. Bien souvent la rupture du mercredi, y compris quand les deux parents travaillent, ne créent pas de déplacement important dans le rythme veille-sommeil, mais permet, lorsque les enfants sont en collectivité, un rythme allégé par rapport à celui qu’ils ont en classe. D’où le sentiment de « repos » accordé souvent au mercredi.
Enfin on ne peut ignorer que les parents qui travaillent tous les deux toute la semaine ont bien souvent besoin de temps pour eux, ou de temps pour faire les tâches ingrates auxquelles les enfants n’ont pas forcément besoin de participer, avoir du temps pour les faire sereinement permet d’améliorer la qualité des temps restants sur le week-end pour la communication et les interactions familiales.

3) LA PAUSE MERIDIENNE :

P S : L’allongement de la pause méridienne permettra t-elle aux enfants de mieux apprendre l’après-midi ?

C L : Cette pause méridienne apparaît à un moment particulier de la journée qui est le milieu du rythme circadien, comme son nom l’indique c’est bien une pause qu’il est nécessaire d’offrir aux enfants. Il a parfois été dit que l’allongement permet de voir revenir après 15h30 un retour de l’attention propice à reprendre les apprentissages scolaires. Ce retour souvent évoqué est celui d’un niveau de vigilance permettant de retrouver des temps de réaction très rapides (études faites au début du 20è siècle chez des standardistes pour lesquelles on évaluait les variations attentionnelles au cours de la journée quant à leur rapidité à changer les fiches téléphoniques de place en fonction des appels ! Peut-on comparer nos élèves à ces standardistes?). Les auteurs eux-même, qui ont souvent défendu l’idée de ces courbes, précisent dans différents écrits que cette reprise n’est réelle qu’à certains âges (pas du tout chez les plus jeunes), certains jours, en fonction des tâches à réaliser mais aussi en fonction de l’occupation des temps qui précèdent et des temps qui succèdent.
Tout adulte sait fort bien que l’après midi n’est jamais identique à la matinée chez les enfants pour les apprentissages nécessitant une attention soutenue, penser qu’on permettra aux enfants de se remobiliser pour apprendre après avoir eu une longue interruption est un leurre car on ne tient pas compte des connaissances que l’on a depuis longtemps en psychologie à savoir que moins les activités sont morcelées, plus elle provoque de la motivation et plus elles apparaissent intéressantes à ceux qui les exécutent. Introduire en milieu de journée une longue interruption, encadrée par d’autres adultes, ne fait que créer un émiettement dans les temps tout à fait improductifs.

P S : Que proposerais-tu pour rendre la pause méridienne la plus bénéfique possible ?

C L Elle doit impérativement être une pause, c’est-à-dire qu’elle doit permettre à tout enfant de se relaxer, de se décontracter, de se reposer, de déstresser. Son niveau de vigilance physiologique est à ce moment là, au plus bas ce qui signifie que tout effort à fournir pour exécuter quelque activité que ce soit sera beaucoup plus coûteux qu’à n’importe quel autre moment de la journée.
Un suivi dans un service d’urgence hospitalier, pendant plusieurs années, a montré que c’est à ce moment là de la journée que les traumatismes physiques sont les plus fréquents.
Cela nécessite que les établissements scolaires aménagent les espaces en conséquence, pas uniquement avec des dortoirs pour tous, mais il faut que des coins lecture, des coins de jeux calmes, des coins de repos soient aménagés un peu partout dans l’école. Il est aussi recommandé d’aménager les cours de récréation avec des jeux dessinés au sol (marelle, jeu d’échec géant, jeu de go, etc) ce qui permet de délimiter les espaces, et réduit considérablement les courses effrénées dans tous les sens et les accidents qui en découlent. Cela permet aussi, à condition qu’un travail sur la citoyenneté soit mené, de pacifier ces espaces, car chacun apprend à respecter les activités des uns et des autres.
Le « chacun son tour » fait partie des programmes mis en place pour le « vivre ensemble ».
Cela signifie encore qu’il est indispensable de procurer une formation spécifique aux adultes encadrant ces temps particuliers, afin qu’ils apprennent à connaître les vrais besoins des enfants à ces moments là, et qu’ils adaptent leurs demandes et leurs attentes à ces besoins.
Cette organisation spécifique doit avoir lieu aussi bien avant le repas qu’après en fonction du nombre de services nécessaires. Ce pour quoi une pause méridienne de deux heures peut être nécessaire pour permettre à tous de manger dans les meilleurs conditions possibles. Les expériences de self mis en place avec un travail éducatif réalisé avec les élèves pour utiliser le plus fonctionnellement possible ce self, tant du point de vue du choix des aliments que du point de vue du rythme de prise de repas à respecter se sont révélées tout à fait efficaces pour permettre à chacun de manger à son propre rythme mais aussi de choisir les compagnons de repas, ce qui est important à ce moment où chaque adulte sait fort bien qu’il ne va pas manger avec « n’importe qui » le midi !
Enfin pour les plus jeunes, il faut leur permettre de bénéficier de la sieste immédiatement à la fin du repas, surtout ne pas les laisser s’énerver d’abord en cours de récréation, ce qui les empêchera forcément de s’endormir ensuite. Des conventions éducation nationale- mairie doivent être signées pour que la sieste commence sous la responsabilité des ATSEM, mais là encore il faut apprendre à connaître les enfants : tout enfant de deux ans et demi n’a pas forcément besoin d’une longue sieste tous les jours alors que ce peut être le cas de certains enfants de 4 ans. Faire entendre aux familles qu’il n’est pas question que la sieste serve de compensation à un sommeil de nuit déficient.
Il n’est guère normal de voir parfois des enfants passer tout l’après midi en sieste, et devoir être réveillés pour se préparer à repartir avec les parents !

4) TON EXPERIENCE PERSONNELLE :

P S : Quel dispositif as-tu choisi de mettre en place dans les écoles que tu suis dans la région lilloise ?

C L : Depuis 1996 nous avions décidé d’organiser une semaine répondant le plus possible aux besoins et aux capacités des enfants. Nous avons donc mis en place une semaine de 6 jours, 5 matinées de 4h (lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi) et 3h le samedi matin et nous avions placé 2h de classe le mardi après midi, jour considéré comme un des meilleurs de la semaine. La semaine scolaire à l’époque était à 26h, pour récupérer la 26è heure manquante, nous partions un peu plus tard en juillet et revenions un peu plus tôt en août.
Les 3 après midi ainsi libérées, outre celle du mercredi, étaient consacrées à des activités éducatives non scolaires, construites avec l’association des Francas qui connaissait tout à fait bien la population de ce groupe scolaire. Un travail de construction a été menée pour monter ce projet, permettant une mise en cohérence entre le projet d’école et les activités ainsi proposées, pour réellement développer une cohérence entre les temps, pour permettre une vraie continuité éducative.
Nous avons très rapidement pu constater d’énormes changements, dans le rythme veille-sommeil des enfants pour commencer, ce qui a très vite eu des répercussions sur leurs apprentissages et par la même, sur les évaluations scolaires. Tout le climat d’école en a bénéficié mais aussi celui du quartier puisque les enfants ont appris, grâce aux parcours éducatifs ainsi mis en place, à découvrir des lieux dans lesquels ils n’allaient jamais d’eux-même.
Les familles ont elles aussi changé leur comportement vis à vis de l’école tant elles étaient étonnées de voir leurs enfants vouloir y aller y compris à des moments où ils n’étaient pas obligés d’y aller.
Le décret de 2008, qui a supprimé le samedi matin, a obligé ce groupe scolaire à quelques modifications, on a reporté deux heures sur une autre après midi, (5 matins de 4h et deux après midi de 2h) et deux après midi sont toujours consacrées aux activités éducatives non scolaires. Les enfants de cette école n’ont jamais subi la semaine de 4 jours !
Les enseignants regrettent toujours la perte du samedi mais n’ont jamais regretté ce choix d’organisation.
Un autre groupe scolaire de la région lilloise a décidé de mettre en place un tel projet à la rentrée 2012, les changements positifs se font déjà sentir.
Dans les deux cas, nous avons d’abord et avant tout travaillé sur les contenus des temps, et pas du tout uniquement sur des changements d’horaires, ce qui d’ailleurs nous permet de démontrer qu’il ne suffit pas d’ « alléger » d’une demi-heure chaque jour pour que les enfants apprennent mieux, j’ose même continuer à prétendre qu’on peut faire 6 heures par jour moins fatigantes que 5h !
Quelles sont les réflexions des enseignant(e)s sur la nouvelle organisation mise en œuvre ?
Les enseignants lillois, qui pour certains d’entre eux, connaissent ce fonctionnement depuis plus de 16 ans maintenant, ne veulent surtout pas en changer.
L’allongement de la matinée a permis de revoir complètement l’organisation pédagogique, on peut alterner très facilement, autour des deux pauses mises en place le matin, une alternance de séquences pédagogiques permettant la triple alternance quotidienne, nécessaire au bien-être de l’enfant, à savoir une alternance entre travail et repos, entre mouvement et immobilité et entre rationnel et imaginaire. Nous pouvons ainsi respecter l’égalité entre les disciplines scolaires, puisque le matin n’est plus du tout consacré uniquement aux maths et au français, mais fait bien participer l’EPS, les arts plastiques, la musique, la langue vivante, etc : cela permet d’améliorer la disponibilité permanente des enfants pour les apprentissages, mais cela modifie également le regard de l’enseignant sur chacun de ses élèves, ce qui les amène à dire aujourd’hui qu’ils ont retrouvé les fondamentaux de leur métier.
Les apprentissages sont faits plus rapidement et avec moins d’efforts coûteux.
En maternelle, l’expérience lilloise montre que cet allongement de la matinée permet de ne pas bousculer les enfants dans leurs apprentissages, de donner à chacun d’eux le temps qui lui est nécessaire pour mener à bien sa tâche. Les enseignants constatent que leurs élèves sont très concentrés le matin d’autant plus qu’ils savent que les après-midi seront moins chargées quand il y a école et ludiques quand il y a activités. Il est donc aisé de les solliciter et de leur demander une attention soutenue durant la matinée, ce qui a des répercussions très positives sur les résultats dans ce quartier pourtant très défavorisé. L’alternance mise en place le matin permet d’éviter tout sentiment de lassitude, de plus les heures de sieste nécessaires aux plus petits s’étalent beaucoup moins sur les temps d’apprentissage, ce qui est un vrai gain pour ces enfants puisqu’ils peuvent profiter de beaucoup plus de temps de sollicitations par les différents adultes qui s’occupent d’eux.
Et nous avons pu constater que ces dernières années a amené un changement important, puisqu’une mixité sociale volontaire s’est créée suite à l’arrivée dans l’école de familles beaucoup plus aisées, qui souhaitent que leur jeune enfant bénéficie de cette organisation scolaire.

5) SUR LA PROPOSITION DU GOUVERNEMENT:

P S : Que penses-tu de la traduction du texte « Refondons l’Ecole de la République » dans la loi d’orientation pour la refondation de l’Ecole ?

C L : Refonder pour moi veut dire que tout est à refaire, or si je prends ce décret sur les aménagements des temps scolaires à la maternelle et en élémentaire, qui est un décret relatif à cette loi, bien que paru avant elle (!), je constate qu’on est en train de faire un bricolage qui finalement, ne permettra pas du tout de faire que cette première réforme soit la première pierre incontournable de la refondation. Cette pierre aurait dû être une pierre porteuse, elle risque fort de n’être qu’un caillou qui fait mal aux pieds dans les chaussures.
On a très mal abordé le problème, on ne cesse de parler de chiffres, longueur de la journée, nombre de jours dans l’année, nombre d’heures par jour, etc, alors qu’il fallait présenter la chose comme une réforme de l’aménagement des temps de vie de l’enfant, devant s’inscrire au sein d’un projet éducatif territorial, tenant compte du fait que tous les temps des enfants sont aussi importants les uns que les autres. Et surtout considérer que l’École a tout à gagner en s’ouvrant sur la cité, en ne restant pas une forteresse indépendante de l’environnement dans lequel elle se situe. Demander uniquement   l’éducation nationale de modifier ses emplois du temps renvoie à ce constat et n’y changera rien. Or cet aménagement doit s’inscrire dans un projet de société, c’est toute la vie de l’enfant qui est concernée, et donc celle de ses parents, le monde du travail doit être impacté par cette réforme, on voit bien que ce n’est pas vraiment ce qui se profile.
L’une des priorités du président est la lutte contre le chômage, que ne se sert-on de cette réforme pour créer de l’emploi pour les jeunes ? Mettre en place chaque jour dans toutes les écoles, des parcours éducatifs sur des après midi entières permettrait de répondre en partie à cette volonté. Les associations partenaires de l’école pourraient retrouver une place primordiale dans l’éducation des enfants.
Refonder, c’est construire autrement, or le décret qui a été publié est une reprise pure et simple du décret de 2008, et finalement met hors la loi les projets éducatifs dont nous montrons depuis plus de 16 ans qu’ils font leurs preuves pour un mieux-vivre l’école pour tous les enfants.
Il est fort à craindre que tous ceux qui n’ont pas envie, ou l’habitude de se mobiliser pour améliorer l’éducation des enfants, se servent de ce décret rigidifiant et sans innovation possible, de réaliser a minima un aménagement de l’existant qui n’aura aucun effet positif sur les enfants, moins encore sur ceux qui sont par ailleurs en difficultés de vie.
D’ailleurs je ne peux malheureusement que constater que Christian Forestier, ex coprésident de la conférence sur les rythmes scolaires sous Luc Châtel et membre du comité de pilotage de la refondation de l’école sous Vincent Peillon, a déclaré « que la réforme des rythmes scolaires n’impliquera pas de travail supplémentaire pour les enseignants ». « Je vois un même nombre d’heures réparti différemment. Il s’agit d’ailleurs de revenir à la situation antérieure » !!! a-t-il affirmé. Comment dès lors ose-t-on parler de réforme et de refondation ?

P S : Quels amendements attends-tu du gouvernement afin que l’organisation de la semaine scolaire telle que tu la préconises puisse perdurer ?

C L : Avec le réseau Prisme dont je suis membre, je souhaite résolument la réussite de larefondation engagée par le ministre de l’éducation nationale, mais je reste très préoccupée par le manque d’ambition du décret sur l’organisation de la semaine scolaire et par la rédaction de deux articles du projet de loi, soit les articles 46 et 47 qui confinent le projet éducatif territorial sur le seul temps périscolaire et dans les contours et attributs d’un simple contrat éducatif pourtant créé en 1998. Il est urgent de repenser la cohérence et la continuité de l’action éducative dans un cadre global incluant en les articulant, les différents temps de vie des enfants et des jeunes.
Nous regrettons également que le décret comme le projet de loi ne prennent pas suffisamment en compte les expériences réussies menées parfois depuis plus de quinze ans dans certaines villes. Il considère notamment que les bornes horaires fixées dans le décret et l’obligation à laquelle on ne peut déroger, d’une répartition de la semaine scolaire sur neuf demi-journées sont contre productives car cela réduit considérablement les possibilités et interdit des organisations innovantes qui ont pourtant démontré leur intérêt au bénéfice des enfants. Il regrette encore la prééminence donnée au mercredi matin, même si une dérogation est possible pour le samedi matin, alors qu’il aurait été plus simple de prescrire une simple obligation de répartir la semaine scolaire sur au moins quatre jours et demi entre le lundi et le samedi matin.

Propos recueillis par Bastien Blaque.

Précision de Claire Leconte sur l’amendement qu’elle propose :
L’amendement sur l’article 47 est ainsi formulé :
Article 47
Il est institué pour les années scolaires 2013-2014 et 2014-2015 un fonds en faveur des communes et, lorsque les dépenses de fonctionnement des écoles leur ont été transférées, des établissements publics de coopération intercommunale afin de contribuer au développement dans le cadre d’un projet éducatif territorial d’une offre d’activités éducatives de qualité au bénéfice des élèves des écoles maternelles et élémentaires publiques ou privées sous contrat, dont les enseignements sont répartis sur au moins quatre jours et demi par semaine.
Les aides apportées par le fonds sont calculées en fonction du nombre d’élèves éligibles scolarisés dans la commune ou les communes membres de l’établissement de coopération intercommunale et comportent :

1°Un montant forfaitaire par élève versé aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale dont les écoles organisent les enseignements sur au moins quatre jours et demi à la rentrée scolaire 2013-2014. Le versement de ce montant forfaitaire ne peut être renouvelé au titre de l’année 2014-2015 ;

2°Une majoration forfaitaire par élève réservée aux communes mentionnées au 1° de l’article L. 2334-18-4 et à l’article L. 2334-22-1 du code général des collectivités territoriales ainsi qu’aux communes des départements d’outre-mer bénéficiant de la quote-part de la dotation d’aménagement prévue au quatrième alinéa de l’article L.2334-13 du même code. Pour les communes dont les écoles organisent les enseignements sur au moins quatre jours et demi à la rentrée scolaire 2013-2014, le versement de cette majoration forfaitaire est reconduit au titre de l’année 2014-2015.
Les communes dont les écoles organisent les enseignements sur au moins quatre jours et demi à compter de la rentrée 2014-2015 bénéficient de la majoration au titre de cette année.
La gestion du fonds est confiée à l’Agence de services et de paiement, pour le compte de l’État.
Un décret en Conseil d’État fixe les modalités d’application du présent article. Il précise notamment les modalités d’attribution du fonds.

 

Afficher les 3 commentaires

  • Rien à voir dans mon propos avec inné vs acquis : les rythmes biologiques sont génétiquement programmés, c'est ainsi ! Et les déréglements dans le sommeil sont un problème de santé publique reconnu de tous les médecins, entre autres, et y compris pour les adolescents. À 10 ans, ce qui diffère des plus jeunes est que la puberté en train de s'installer génère un retard de phase physiologique que l'éducation nationale ferait bien de prendre en considération en repoussant les horaires d'entrée dans les établissements du secondaire. Mais les besoins de sommeil sont toujours les mêmes, la grasse matinée toujours aussi peu propice à une vraie récupération : c'est la sieste qu'il faut réhabiliter, y compris chez les ados, pour récupérer d'une fatigue liée à des couchers tardifs. Certes les expériences encadrées par Testu ont montré qu'une semaine à 4,5 jours donne de meilleurs résultats (encore que !) qu'une semaine à 4 j, mais ça n'a pas été comparé avec semaine avec samedi. D'ailleurs René Clarisse, élève de Testu, défend aussi le samedi comme meilleur moment pour respecte le rythme des enfants. De même que l'académie de médecine. Quant aux coûts, pourquoi personne n'ose-t-il jamais évoquer le "retour sur investissement" d'une réforme bien conduite ? Ça a été démontré dans les projets que j'ai eu le bonheur de suivre. Amicalement
    par Claire Leconte le 10/05/2013

  • Je complète, ayant regardé les choses de plus près. Mme Leconte me semble donner bien plus de poids à l’inné qu’à l’acquis, en parlant uniquement des rythmes circadiens. D’abord, ils ne sont pas les mêmes chez un enfant de 10 ans et un enfant de 6 ans. Ensuite, l’acquis peut bien faire que ces rythmes soient modifiés : nos bébés au sein tètent à la demande; au biberon, dès 3 mois ils ont appris à se régler toutes les trois heures et à faire leurs nuits ! Enfin, le rapport sur la longue expérience des écoles à 4 jours, de 1991 à 1999, citant M. Testu, professeur de chronobiologie à Tours, semble conclure que la semaine de 4 jours 1/2 avec classe le mercredi, est plutôt plus favorable à l’apprentissage. Une question n’a pas été posée, c’est celle du financement pérenne de la réforme Peillon.
    par Meyer Christiane le 01/04/2013

  • Il y a deux ou trois choses qui me gênent dans cet article fort intéressant par ailleurs. 1° tout le § sur les jours chômés par motif religieux ! de nos jours, le samedi est jour de repos pour les israélites, et un certain nombre de mouvements chrétiens ( les adventistes par exemple ),le vendredi pour les musulmans, le dimanche pour les chrétiens de diverses obédiences. Si on commence à faire entrer ces considérations dans les programmes scolaires, dans un pays laïque, on n’en sort pas. 2° l’amendement concernant le financement : OK, mais que se passera-t-il après deux années ? 3° je soulève le problème, pourtant connu, des cantines bruyantes ;problème souligné il y a plus de 10 ans ; les mettre à des normes plus silencieuses , ou en reconstruire d’autres, c’est faisable, mais qui financera ?
    par Meyer Christiane le 30/03/2013

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sur le même thème, lire aussi :

Les derniers contenus multimédias